Comment comprendre la crise des adolescents grâce à la science ?

Indécis, impulsif, passif, en colère : les émotions de l'adolescent sont un mystère pour les adultes autour de lui ! Découvrez comment comprendre l'ado et la crise d'adolescence avec l'apport des recherches scientifiques.

 

Une grande partie de cet article est basée sur les neurosciences et sur mon expérience.
Certains d’entre vous pourraient être septiques, car mon propos est issu de recherches scientifiques récentes qui vont parfois à l’encontre de ce que l’on a eu l’habitude de penser au sujet de l’adolescence et, surtout, de la crise d’adolescence.

Vous avez raison d’être septiques ! Ceci dit, il y a deux catégories de sceptiques. Le bon septique se dit : « c’est bizarre ce truc-là, ce qu’il me raconte, mais je vais tester. » Le mauvais sceptique, lui, pense la même chose, mais n’essaie pas.

 

La crise d’adolescence : un cerveau immature et un bouleversement hormonal

Un cerveau en développement.

Avant l’apparition des technologies médicales sophistiquées comme l’IRM, on pensait que le cerveau finissait de se construire à la maternelle et qu’il était pleinement opérationnel au CP.

C’est en partie vrai, notre cerveau atteint 95 % de sa taille adulte à 6 ans. Mais il va réellement se remodeler à partir de 12 ans et jusqu’à l’âge de 25 ans, pour être pleinement sophistiqué. À votre avis, qu’est-ce qui caractérise cette période délicate qu’est l’adolescence ? Oui, c’est le bouleversement hormonal.

Cependant, quel est l’impact réel des hormones ? Suffisent-elles à expliquer la crise des adolescents ?

Le rôle des hormones dans le comportement des adolescents

On pense souvent que les hormones sont responsables de la crise d’adolescence.

C’est le bouc émissaire qui explique la crise identitaire de l’ado et ses réactions (colère, crise d’angoisse, crise de nerfs, etc.). La testostérone pour les garçons et la progestérone pour les filles entraîneraient tous les changements émotionnels que vous connaissez. Cela expliquerait autant la colère de l’adolescent que la crise familiale qui survient lorsqu’il cherche à exprimer son identité d’ado.

Certes, la testostérone, chez les hommes pourrait être à l’origine de l’agressivité masculine. Et encore, certaines études contredisent cette idée. En fait, elle serait surtout responsable du désir sexuel et du besoin de domination.

L’hormone qui pourrait être la cause, en partie, du comportement de l’ado et expliquer pourquoi ce dernier est colérique, excité, déprimé ou se comporte comme un zombie, pourrait être la mélatonine.

Le sommeil est important pour tout le monde, mais en particulier pour les adolescents. Ils produisent, la nuit, une hormone de croissance. Selon les études scientifiques, la mélatonine, hormone de l’endormissement, apparaît vers 22 heures chez les adultes et vers 1 heure du matin chez les adolescents.

C’est une hypothèse permettant de comprendre pourquoi les ados sont excités le soir et n’arrivent pas à se réveiller le matin quand leur réveil sonne.

La crise d’adolescence : un chantier cérébral et émotionnel

Un adulte ne raisonne pas comme un ado

En fait, la crise d’adolescence va surtout se produire au niveau cérébral. Un adulte, pour prendre des décisions en évaluant les choix possibles, pour peser le pour et le contre, utilise le cortex préfrontal. Ce dernier contrôle les impulsions, les émotions et favorise le jugement.

C’est le cortex préfrontal, chez l’homme, qui va être développé en dernier.

Au contraire, L’ado va perdre des connexions cérébrales pour pouvoir bien développer son cerveau et se spécialiser dans certains domaines. On pourrait comparer ce phénomène à un grand chantier dans une ville : certains immeubles sont détruits, d’autres reconstruit. Des zones, parfois, sont inaccessibles.

Le cerveau de l’adolescent est encore en construction et immature, donc les connexions cérébrales sont plus lentes. C’est comme si, par rapport à un adulte, il conduisait sur une autoroute à 2 voies alors que l’adulte dispose de 4 voies. L’ado va mettre plus de temps à prendre une décision qu’un adulte.

Cette indécision adolescente, cette immaturité typique, comporte aussi des aspects positifs.

Étant donné qu’il y a une sélection des neurones dans son cerveau, l’adolescent a l’âge idéal pour apprendre des nouvelles choses : jouer d’un instrument, étudier une langue étrangère, pratiquer un sport, par exemple. Tous ces choix vont former des connexions positives dans son cerveau.

En revanche, jouer à Candy Crush toute la journée, ne va pas être avantageux pour lui, car il va développer des connexions relativement inutiles.

Comprendre la crise identitaire de l’adolescent avec l’IRM

La façon dont se forme le cerveau joue un rôle évident dans le comportement des ados.

Par exemple, une expérience a été faite au McLean Hospital dans le Massachusetts. On a montré à des adultes et à des ados, en leur faisant un IRM pour observer leur cerveau, des expressions de visages. Quand les adultes identifiaient correctement la peur sur les visages, les ados voyaient de la colère, de la surprise et de la stupeur.

Ils ne distinguaient donc pas les bonnes émotions ni leurs subtilités. Pourquoi ?

En fait, grâce à l’IRM, on a pu constater que les adultes utilisaient une partie différente de leur cerveau. Plus précisément, ils se servaient de leur cortex préfrontal alors que les ados réagissaient davantage avec leurs tripes, c’est-à-dire avec l’amygdale, le siège des émotions. Leurs émotions sont donc exacerbées. Les résultats de cette expérience expliquent les changements d’humeur des adolescents et leur crise existentielle pendant la crise d’adolescence.

Comme ils réagissent sans utiliser le cortex préfrontal, siège du contrôle, les ados ont des difficultés à décrypter les expressions des autres et les intentions qu’il y a derrière.

En effet, le cortex préfrontal aide les gens à rentrer en relation avec l’autre. Alors imaginez-vous ce que peut ressentir un adolescent lorsque l’expression d’un visage est mal interprétée ? Cela peut couper la relation avec l’autre et expliquer pourquoi il y a une crise adolescente.

Les avantages et les risques liés à l’adolescence

Des adolescents en danger

Ce problème d’impulsivité entraîne des comportements à risque : conduite avec excès de vitesse, prise de drogues et d’alcool, etc. Or c’est à ce moment-là que le cerveau est le plus fragile, car, on l’a vu, encore en construction.

Les études montrent que les ados sont plus susceptibles de devenir accro aux drogues que les adultes.

En fait, ils sont facilement dépendants car très sensibles au système de récompense du cerveau (le noyau accumbens), lequel se développe avant le cortex préfrontal. Des scientifiques ont ainsi présenté des grosses récompenses à des ados et leurs cerveaux s’allumaient comme autant de feux d’artifice, bien plus que les adultes.

En revanche, ce n’était pas le cas lorsque la récompense était faible !

Par conséquent, les adolescents préfèrent obtenir une récompense forte comme gagner à un jeu vidéo ou prendre des risques qui vont leur apporter un gros plaisir immédiat, plutôt qu’apprendre à l’école pour obtenir une bonne note, ce qui constitue une faible récompense.

Les atouts de l’adolescent

En réalité, cette reconstruction n’est pas négative !

Même si les ados sont plus lents pour faire leurs choix, ils sont aussi plus adaptables, afin de se préparer au monde des adultes. Par ailleurs, on pourrait voir leur impulsivité comme de l’audace et un début d’indépendance pour construire leur personnalité de futur adulte. On pourrait interpréter leurs sautes d’humeur d’adolescents comme de l’empathie, et leur excitation comme de la passion.

Conclusion :

La crise d’adolescence s’explique de manière physiologique et psychologique. C’est une étape indispensable dans la construction de soi. Elle comporte des atouts et des inconvénients, inhérents à l’adolescence.

Les ados ont beaucoup d’énergie, laquelle va disparaître avec l’âge, sauf pour ceux qui restent d’éternels ados…

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