Dans cet article, vous allez découvrir comment une psychologue a réussi à surmonter sa peur de conduire et comment elle aide les personnes souffrant de crise de panique à s’en sortir. 

Retrouver l’interview sous forme de vidéo sur YouTube.

Emmanuel : Roxane, est-ce que tu peux te présenter ?

Roxane : Oui, bien sûr. Je suis Roxane Mallier, je suis psychologue et psychothérapeute en Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) depuis une vingtaine d’années maintenant. J’ai un cabinet dans la région toulousaine.

Emmanuel : tu as souffert de crises de panique ou d’angoisse. Est-ce que tu pourrais nous en parler, par rapport à ce problème spécifique dont tu souffrais : la peur de conduire ?

Roxane : Tout à fait, la peur de conduire, puisque j’ai une particularité : j’ai quarante-quatre ans aujourd’hui, et pendant quinze ans de ma vie, j’étais malvoyante, donc je ne pouvais plus conduire. 

La dernière fois que j’ai voulu reprendre le volant après 15 ans sans conduire , j’ai eu une “mégacrise” d’angoisse.

Emmanuel : Comment ça s’est manifesté ? Dans notre jargon, quels étaient les « signes cliniques », les  manifestations physiques ?

Roxane : C’était surtout au niveau du thorax, c’est-à-dire que j’avais vraiment un poids sur la poitrine, l’impression d’étouffer, de manquer d’air, j’étais très agitée.

Attaque de panique et peur de manquer d'air

J’étais au volant avec mes deux enfants à l’arrière, et j’ai eu cette crise d’angoisse, qui est arrivée très brutalement. 

En fait, j’avais tout bien planifié pour pouvoir me garer à la gare et prendre le train à l’heure. Et quand je suis arrivée (cela faisait donc des années que je n’avais pas fait le chemin), le chemin avait changé ! 

Ce que j’avais prévu de faire n’était plus possible ! 

Alors, il y a eu un gros moment de panique, avec mes enfants à l’arrière, où je me disais : « Je ne veux pas avoir un accident, et il ne faut pas que je rate le train, sinon c’est tout le week-end qui est fichu »…

J’ai vraiment eu, physiquement, la panique qui est arrivée. Comme je connais bien cela, je ne me suis pas dit « Je vais mourir » ou « Je vais faire une crise cardiaque », je me suis dit : « Je fais juste une crise d’angoisse, ce n’est pas grave… »

Emmanuel : Comment as-tu réagi ? 

Roxane : Je n’ai pas cherché à lutter contre la crise d’angoisse.

Je me suis dit : « Bon, voilà, tu as une crise d’angoisse, tu sais exactement quoi faire, tu n’as qu’une chose à faire : il faut respirer”.

Donc, au volant (au début, j’étais au feu rouge), je me suis mise à respirer. 

J’ai aussi expliqué à mes enfants qui étaient à l’arrière : « Ce n’est pas grave, les enfants, je fais une crise d’angoisse, ne vous inquiétez pas ». 

J’ai respiré tranquillement, et j’ai expliqué en même temps : « Je respire, ça va passer », et puis j’ai tourné pour retourner vers la gare et avoir un espoir de pouvoir prendre mon train, tout en continuant à respirer.

 Je leur ai aussi dit : « Ce serait sympa de regarder les panneaux, parce que moi, je ne les vois quand même pas très bien » ; je leur ai donné une mission pour qu’ils m’aident aussi.

 Et, tranquillement, en respirant, en faisant la route, finalement, les sensations ont diminué. 

Elles n’ont pas disparu tout de suite, mais elles ont considérablement diminué. 

C’est-à-dire qu’au début, brutalement, je dirais que c’était monté plutôt à 9 ou 10, et puis là, je n’étais plus qu’à 5, donc le cerveau pouvait quand même fonctionner,  j’ai pu chercher mon chemin, demander à mes enfants de l’aide, trouver le parking, prendre la valise d’urgence et les deux gamins sous le bras, et j’ai quand même réussi à avoir mon train. 

Je pense qu’une fois dans le train, j’étais peut-être à 2 ou 3, et ensuite ça continué à diminuer, à disparaître tout seul.

Emmanuel : On utilise en thérapie une échelle de valeurs de la peur, de 0 à 10 : à 0, on n’a pas peur, à 10, on une peur à son maximum. Quelles étaient les idées négatives que tu as eues ? Tu as parlé de la peur d’avoir un accident : tu avais peur d’avoir un accident, à ce moment-là ?

Roxane : J’avais déjà peur avant de partir à la gare, car c’était toute une expédition pour moi : cela faisait des années que je n’avais pas réellement conduit.

 J’avais reconduit seulement un petit peu sur des petits trajets, par exemple pour aller au supermarché.

 Là, je m’étais préparée psychologiquement, ce qui prouve que j’avais peur : j’avais visualisé tout le chemin que je devais faire.

 Et ce qui m’a fait vraiment paniquer, c’est que le chemin que j’avais prévu n’existait plus : il y avait eu des travaux. C’est là que la panique a brutalement monté, et que je me suis dit : « Je ne vais pas y arriver, je ne vais pas avoir mon train, le week-end va être foutu… »

J’étais en train de reconquérir un peu mon autonomie, grâce au fait de pouvoir conduire un véhicule, parce que c’est quand même une vraie liberté par rapport au fait de ne pas pouvoir conduire. 

J’aurais pu aller chez mon amie en voiture, mais d’une part, je suis écolo, et d’autre part je ne voulais pas prendre la voiture pour faire deux heures et demie de route. 

Là, je prenais juste la voiture pour aller en vingt minutes à la gare et me garer au parking, et déjà ce n’était pas simple.

 Après m’être bien préparée à ça, j’ai eu cette mauvaise surprise,  j’ai eu cette pensée : « Je ne vais pas y arriver », et puis une fois que j’étais en panique, je me disais aussi : « Fais gaffe, quand même, tu es sur la route, il ne faut pas avoir d’accidents », etc. 

Emmanuel : Tu parles de respiration : de quelle manière as-tu respiré ?

Roxane : Je ne voulais surtout pas hyperventiler, parce que c’est un peu la tendance que l’on a dans ces moments-là, comme on a l’impression de manquer d’air.

Emmanuel : Peux-tu expliquer ce qu’est l’hyperventilation ?

Roxane : On est comme poisson rouge qui est en dehors de son bocal.

 Je cherche l’air, parce que j’ai le sentiment que j’étouffe, et j’en prends trop. C’est ça, hyperventiler.

Là, je me suis juste dit : « Tu fais la technique de respiration que tu connais, c’est-à-dire au contraire une respiration lente, avec des expirations profondes, pour pouvoir sortir un maximum d’air.

 » Je sais exactement ce que ça fait : mon coeur avait accéléré, et j’étais en train d’appuyer sur la pédale de frein pour que, tranquillement, il revienne à une allure normale et que les symptômes disparaissent.”

Emmanuel : C’est une très bonne technique, que je conseille moi-même à mes patients. Merci pour cette technique. Où en es-tu maintenant avec ton amaxophobie (le terme scientifique pour la peur de conduire) ?

Roxane : Lors de cette première expérience-là, j’ai fait vraiment une attaque de panique, sans les pensées dramatiques comme « Je vais mourir » ou « Je vais tomber dans les pommes », parce que je sais ce que c’est, donc je n’en ai pas peur.

 Par la suite, je n’ai pas eu à proprement parler de panique. Par contre, quand je prenais mon véhicule pour faire une nouvelle expérience, agrandir encore un peu ma zone d’autonomie en matière de voiture, j’étais parfois un peu angoissée.

 Je me souviens aussi que je suis partie en vacances seule, j’avais sept heures de route à faire, et il a aussi fallu que je me prépare psychologiquement, que je me dise : « Voilà, tu feras des pauses, si ça ne va pas, tu pourras toujours t’arrêter en chemin… » 

À chaque fois, il y avait des épreuves, et il y a des fois où ça marchait plus ou moins bien. 

Pour le trajet de sept heures, je m’étais préparée, et ça s’est très bien passé, je n’ai pas eu de crise d’angoisse.

 Par contre, je suis allée une fois au théâtre, à vingt minutes de chez moi, en ville. C’était la nuit, et j’ai commencé à me perdre, à ne pas trouver mon chemin. La nuit, comme beaucoup de gens, j’y vois moins bien, et là, j’ai eu un petit peu d’angoisse qui est montée à nouveau, donc j’ai bien respiré.

Mais c’est aussi une question de volonté. À partir du moment où on sait qu’on risque de faire des crises d’angoisse, on se dit : « Je ne vais pas éviter de conduire, je vais le faire quand même. » J’ai donc fait du travail d’exposition, avec moi-même.

Emmanuel : Est-ce que tu peux définir simplement ce qu’est le travail d’exposition ?

Roxane : Ça va être d’abord faire la liste de ce qui me fait peur. 

Je ne l’ai pas faite formellement pour moi-même, mais je savais très bien que c’était reprendre le véhicule pour aller de plus en plus loin, et certains cas : par exemple, de nuit, c’est plus dur, si je ne connais pas les lieux, c’est plus dur, s’il est difficile de se garer, c’est plus dur… 

On dresse donc une sorte de grille de difficulté progressive.

Je ne me suis pas dit que j’allais tout de suite conduire sept heures pour aller dans un endroit que je ne connais pas. J’ai commencé par des choses plus simples, comme aller au supermarché, puis de plus en plus loin, aller dans un magasin, aller chez des amis…

 À chaque fois que c’était réussi, je pouvais passer à l’étape suivante, à quelque chose d’un peu plus difficile et qui pouvait me provoquer de l’ angoisse. 

Je me disais toujours : « Tu essaies ça, et puis si tu as une crise d’angoisse, tu respires et ça va passer ; tu as le droit aussi de t’arrêter en chemin, c’est très souvent possible de s’arrêter si vraiment ça ne va pas. » 

Et en réalité, je n’ai jamais eu à m’arrêter où que ce soit, mais le fait de s’autoriser à s’arrêter pour respirer un bon coup si ça ne va pas, ça permet justement de ne pas faire de crise d’angoisse.

Emmanuel : Il y a donc cette idée, même si on a fait une crise de panique, de quand même continuer à conduire, de s’exposer progressivement à ce qui nous fait peur, en s’aidant avec des techniques de respiration. Et, petit à petit, la peur va diminuer, c’est ça ?

Roxane : C’est ça.

Emmanuel : Et maintenant, ta peur, où en est-elle ?

Roxane : Je n’ai plus de peur. Cela fait donc maintenant plusieurs années que je conduis de nouveau et je n’ai pas refait de crise d’angoisse. Je n’ai plus de souci avec ça.

Emmanuel : Avant la peur de conduire, quel impact cela avait-il sur ta vie sociale, sur ta vie en général, de ne pas pouvoir conduire ?

Roxane : C’était très handicapant de ne pas pouvoir conduire. 

Ce n’était pas parce que cela me causait de l’angoisse, c’était parce que, concrètement je ne pouvais pas conduire, parce que je n’y voyais pas.

 Mais c’est un vrai handicap, et c’est vrai aussi pour ceux qui, justement, n’osent pas conduire, car ils ont des crises d’angoisse. 

Cela dépend aussi d’où on habite : moi, j’ai dû déménager, parce que j’étais à la campagne et qu’il n’y avait des bus que jusqu’à cinq heures et demie du soir, donc je ne pouvais plus travailler.

 Il a fallu que je déménage pour pouvoir avoir une activité professionnelle. Je travaille chez moi, maintenant, et par ailleurs, même en étant plus près de la ville, jusqu’à il y a peu de temps, sortir le soir sans véhicule n’était pas possible, puisqu’il n’y avait plus de bus à partir de huit heures du soir.

 Il y avait un cinéma dans ma ville, mais aller au théâtre, aller voir des amis en ville, sortir en ville, aller au restaurant, tout ça ce n’était pas possible. 

Je ne pouvais faire que ce que je pouvais faire à pied, ou bien il fallait que l’on m’emmène. J’avais un compagnon qui m’emmenait, donc c’est vrai qu’on faisait des choses ensemble, mais si je voulais voir une copine seule, ce n’était pas possible. Ça, je ne l’ai pas fait pendant des années.

Emmanuel : Tu étais dépendante, pas autonome, et tu manquais de liberté…

Roxane : Oui, je fais dix fois plus de choses depuis que je peux à nouveau conduire. 

C’est pour ça aussi que, même quand j’ai repris le volant ça m’a angoissée, parce que ça faisait très longtemps que je n’avais pas conduit et que je ne savais pas concrètement de quoi j’étais capable, c’était un enjeu extrêmement important, pour moi, de pouvoir reconduire.

Emmanuel : Tu es psychologue et tu avais un niveau vraiment avancé pour résoudre tes problèmes de panique, d’amaxophobie (peur de conduire). 

Est-ce que tu reçois régulièrement des personnes qui souffrent de ce problème de crises de panique, d’angoisse, et qui ne peuvent plus conduire ?

Roxane : Oui, j’en reçois. Je suis généraliste, donc j’ai des patients qui ont des tas de problèmes différents, mais assez régulièrement, il y a des gens qui font des crises d’angoisse, et pour beaucoup cela peut être au volant.

 Il y en a pour qui c’est très spécifique, où ce sont vraiment les déplacements en voiture qui posent problème, et il y en a d’autres pour qui ça va être toutes formes de déplacements : prendre le bus, le métro, l’avion, etc.

 Cela peut donc être une phobie spécifique, ou alors, au contraire, on peut être sur de l’agoraphobie…

Emmanuel : Peux-tu parler un petit peu de l’agoraphobie, définir ce que c’est ?

Roxane : Je dirais que la définition de l’agoraphobie la plus proche, ce serait de dire que les situations qui angoissent la personne sont les endroits dont elle pense ne pas pouvoir s’échapper rapidement.

 Contrairement à ce qu’on pourrait entendre au sens littéral : agoraphobie, peur de la foule, cela ne concerne pas que la peur de la foule. 

On peut très bien être pris d’une crise d’angoisse dans un endroit, au contraire, où il n’y a personne, par exemple en montagne, devant un immense paysage vide. 

Et évidemment, on peut faire une crise d’angoisse dans un ascenseur. On peut faire une crise d’angoisse dans une pièce où il n’y a pas de fenêtre, par exemple. 

Pourtant, on sait que la porte elle est ouverte et qu’on peut sortir. 

On peut faire une crise d’angoisse qui sera qualifiée d’agoraphobie dans une réunion, tout simplement parce qu’on se dit : « Je suis dans cette pièce, il y a une porte et je peux sortir concrètement, physiquement, mais je ne vais pas m’y autoriser, parce que j’ai des gens en face de moi et que ça a un coût très élevé de sortir pendant une réunion. »

L’agoraphobie, c’est donc vraiment la peur des endroits où l’on ne peut pas facilement s’échapper. 

Dans une foule, c’est souvent parce que cela prend beaucoup de temps de sortir de la foule. C’est valable aussi dans les pièces où on est concrètement enfermés pendant un temps donné, comme dans un ascenseur, c’est plus ou moins vrai aussi dans le métro, dans le bus…

 Si on réfléchit bien, on peut toujours, en réalité, s’échapper de la situation, mais ça va prendre un certain temps.

Emmanuel : Christophe André aussi parle d’un concept que j’ai lu dernièrement : en situation sociale, si on en train de discuter avec une autre personne, ou avec plusieurs personnes, on peut être très gêné et développer un trouble panique, une crise de panique, parce qu’on ne peut pas s’échapper.

On ne peut pas dire à la personne : « Excuse-moi, ça ne va pas, il faut que je m’en aille », et cela peut provoquer aussi une crise de panique. C’était une notion que je n’avais pas.

Roxane : Je n’ai pas lu Christophe André, mais c’est la conclusion clinique que j’ai depuis toutes ces années où je pratique : cette agoraphobie, qui est la peur de ne pas pouvoir s’échapper, peut ne pas être physique, mais en réalité psychologique, liée à une situation sociale où on ne s’autorise pas à partir.

Emmanuel : C’est une bonne définition, oui. Il y a une méthode dont tu nous en as parlé, tu nous as mis l’eau à la bouche : est-ce que tu peux expliquer comment tu aides les patients qui viennent te voir avec des troubles paniques – agoraphobes ou non – des gens qui n’arrivent pas à conduire… ?

Roxane : Au départ, cela va être de les écouter, de bien comprendre comment ça marche pour eux, parce que pour chacun c’est spécifique. 

Les personnes souffrent d’angoisse dans des situations très différentes.

Par exemple, quelqu’un m’a dit : 

“Dans une pièce à la luminosité très basse, je vais avoir peur et avoir une crise d’angoisse. »

Phobie du noir

Il faut vraiment comprendre quel est le problème de chaque personne, et faire donc ce qu’on appelle une analyse fonctionnelle.

 On va déterminer quelles sont les situations qui posent problème, comment ça se passe dans la tête de la personne à ce moment-là, comment ça se passe dans ses émotions, mais aussi dans ses sensations.

 En effet, dans la crise d’angoisse, on est dans les sensations. C’est vraiment le corps qui est en train de réagir, et on ne comprend pas ce qui lui arrive. 

C’est là qu’on se dit : « Qu’est-ce qui m’arrive, je risque de faire une crise cardiaque » ou « Je vais tomber dans les pommes », « Je vais mourir… »

 Tout cela est avant tout provoqué par nos sensations. Il est donc intéressant de savoir quelles sensations ont les personnes, sachant que les crises d’angoisse sont multiformes, que chacun ne fait pas la même que le voisin, et qu’une personne peut aussi faire différentes formes  de crises d’angoisse selon les moments de sa vie ou, parfois, selon les situations. 

C’est important de mettre en lien tout ça, avant de déterminer ce que la personne fait concrètement quand elle est dans cette situation-là, qu’elle a ces symptômes-là : que fait-elle, et dans ce qu’elle fait, qu’est-ce qui lui fait du bien, ou qu’est-ce qui semble ne pas marcher ou pire, accroître le problème…  

A partir de là, quand on a bien compris quelles étaient ces situations et ce qui se passait pour la personne, on va pouvoir faire un dessin, c’est-à-dire une conceptualisation du problème.

 Il peut y en avoir plusieurs, s’il y a plusieurs problèmes (parce que même dans un cas d’agoraphobie, comme on le disait, il peut y avoir des cas où c’est la situation sociale qui fait que je me sens enfermée, alors que d’autres cas où c’est que je suis concrètement enfermée).

À ce moment-là, on va avoir une analyse assez fine, et à partir de là, on va pouvoir faire tout d’abord de la psychopédagogie, c’est-à-dire expliquer ce que c’est que cette crise d’angoisse, comment ça marche au niveau physiologique, qu’est-ce qui est en jeu, et quand j’ai tel ou tel comportement, qu’est-ce que ça fait sur ma physiologie : est-ce que ça améliore ou est-ce que ça n’améliore pas ?

 Donc on va pouvoir apprendre une technique que tu connais très bien, puisque tu fais de super vidéos dessus, cette fameuse respiration. C’est déjà la base : savoir à quoi on a affaire, comment ça marche pour les êtres humains, et puis savoir appuyer sur la pédale de frein, c’est-à-dire la respiration. 

Une fois qu’on a ça, on a les moyens, pendant une crise d’angoisse, de faire fonctionner son cerveau. 

Quand on est à 9 sur 10, c’est-à-dire l’attaque panique, le cerveau ne marche pas comme d’habitude, donc on ne peut pas réfléchir sereinement. 

Alors que quand on sait déjà un petit peu faire baisser la panique, on va pouvoir réfléchir et dire : « Je vais essayer quelque chose de nouveau, puisque je sais que ce que je fais d’habitude conduit à avoir de nouvelles crises d’angoisse », etc.

 On va donc pouvoir expérimenter des nouvelles méthodes pour se calmer.

Tout cela, ce sont des choses qu’on discute ensemble.

On se prépare aussi : je dirais que le meilleur allié de la confiance en soi, c’est aussi la préparation. On se prépare, et on va se fixer des objectifs : lister des situations, et leur attribuer un degré de difficulté en fonction des émotions et des symptômes qu’on avait. 

On va pouvoir faire ce que j’appelle un escalier, on va dire : « pour moi la première marche, c’est ça, c’est le plus facile, je vais essayer. »

 Quand on aura eu cette bonne première expérience, on va pouvoir monter sur la deuxième marche, et ainsi de suite. Et à la fin, généralement, on est débarrassé de la plupart de ces problèmes gênants. Pour certains où il y a vraiment de nombreuses difficultés, on ne se débarrassera peut-être pas de tout, mais la qualité de vie est nettement améliorée. On a reconstruit une partie de son autonomie.

Emmanuel : Cette thérapie, est-ce qu’elle est très brève, comme un coup de baguette magique ?

Roxane : Dans l’attaque panique, je crois que j’ai tout vu : j’ai vu des gens qui ont eu une attaque panique, qui sont venus me voir tout de suite, dans les jours qui ont suivi leur première attaque panique.

Je leur ai expliqué que c’était une attaque panique, comment ça marchait, et le fait que la respiration était un remède naturel, et quand ils se sont entraînés une fois, ils n’ont plus jamais refait d’attaque panique (puisque que quand ils ont une crise d’angoisse, ils se disent : « Ce n’est pas grave, c’est une crise d’angoisse, je vais respirer »).

 La thérapie a empêché que cela devienne un véritable trouble.

Pour les gens qui ont un trouble qui est déjà installé, c’est-à-dire qu’ils ont déjà fait non seulement une, mais plusieurs crises d’angoisse, et qu’ils ont peur d’en refaire, cela va forcément être un peu plus long. 

On a l’habitude de dire, dans les TCC, que plus long a été le trouble, plus la thérapie sera longue : si ça fait vingt ans qu’on a le trouble, la thérapie ne va pas mettre vingt ans, mais en tout cas elle sera plus longue que si ça fait simplement un an que le trouble s’est installé.

Emmanuel : Mais on peut quand même s’en débarrasser, même si ça fait vingt ou trente ans qu’on a des crises d’angoisse ?

Roxane : Complètement. Il y a des gens pour qui ça fait des années que ça les gêne, qui viennent parfois, au départ, non pas consulter pour eux-mêmes (puisqu’ils sont habitués à ce trouble, ils vivent avec), mais pour un enfant.

 Et, finalement, ils voient que ça marche tellement bien pour leur enfant, qu’ils se disent : « Moi aussi, je veux essayer. » Et ils se débarrassent de quelque chose dont ils ne pensaient même pas que c’était possible de se débarrasser.

Et on a des consultations à tous les âges : je pense à un patient qui était bûcheron, qui avait de l’anxiété sociale, à savoir la peur de parler en public. Cela ne l’a pas gêné pendant des années : il ne voyait que des arbres toute la journée. 

Et puis, il était tellement bon bûcheron qu’à l’âge de cinquante ans, il a été nommé chef d’équipe. Et il a dû prendre la parole en public, à plus de cinquante ans, et évidemment, son anxiété sociale l’a gêné. 

Il a donc consulté à plus de cinquante ans. Et pour autant, ça a fonctionné – il n’y a pas d’âge pour cela !

Bien sûr, plus on est jeune, moins longtemps le problème est installé, et plus ce sera rapide. Mais il n’y a pas d’âge. 

Je dirais aussi qu’il ne faut pas chercher à se transformer de fond en comble. Peut-être que ce bûcheron ne va pas non plus devenir politicien… mais il a développé les compétences qu’il lui fallait pour tenir sa réunion d’équipe.

Emmanuel : Est-ce dans cette thérapie, il va y avoir des efforts à faire ?

Roxane : En TCC, toujours ! Je pense même que c’est la caractéristique de toutes les thérapies. Ici, on parle en plus de troubles d’anxiété, où l’on a peur de quelque chose. 

Cette peur va nous manger la vie, si je puis dire. 

C’est vraiment un phénomène de gangrène qui nous empêche de faire ce qu’on a envie de faire.

Dans la thérapie, on va faire tout un tas de choses pour se préparer, mais à un moment, il faudra affronter sa peur. 

Cela demande un effort, une volonté, et de se dire : « Maintenant, je suis motivé ; ça va me demander des efforts, mais c’est pour un meilleur futur ; ce problème-là, une fois que je l’aurai réglé, ça ne me demandera plus d’effort de le gérer, mais par contre j’aurai fourni, pendant un temps, des efforts. » 

La TCC est une thérapie très active, et c’est pour ça que ça marche – et ça marche relativement vite par rapport à beaucoup d’autres formes de thérapie; cela demande un investissement réel, des efforts, et souvent de se confronter à ce qui nous fait le plus peur.

Emmanuel : Tu parles d’autres thérapies : qu’est-ce que tu penses des thérapies classiques, où on  parle de son passé et où on essaie de trouver la cause de notre peur pour résoudre le problème ? 

Il y a aussi la sophrologie, des méthodes de relaxation, et l’hypnose, que je ne pratique pas. 

Qu’est-ce que tu penses de toutes ces techniques, est-ce qu’elles fonctionnent ?

Roxane : J’ai déjà entendu des gens dire que l’hypnose les avait aidés à dépasser une peur comme ça, en quelques séances. Cela marche pour certaines personnes, mais j’ai déjà entendu aussi des personnes me dire que ça avait marché dans un premier temps, et puis que c’était revenu.

Emmanuel : Moi aussi.

Roxane : J’ai aussi entendu des gens dire que ça n’avait rien fait. Il n’y a pas tellement de travaux scientifiques sur le sujet, donc je n’ai pas d’avis non plus…

Pour ce qui est des autres formes de thérapie, il y en a plein, elles sont très variées, très différentes, donc c’est difficile. 

Ce qu’on sait aujourd’hui simplement, c’est qu’au niveau scientifique il y a eu des études nombreuses, variées, des corpus d’études, et que quand on en a suffisamment dans un domaine pour dire que tel ou tel type de thérapie est efficace, on le dit. 

On sait que la TCC est efficace. Notamment dans les troubles anxieux, la TCC est très reconnue pour son efficacité.

Emmanuel : TCC est l’abréviation de Thérapie Comportementale et Cognitive.

Roxane : Thérapie Comportementale et Cognitive, auquel on devrait adjoindre un E, puisqu’on traite aussi l’émotion, en fait : TCCE.

Emmanuel : C’est un nom un peu barbare…

Roxane : C’est un reproche qui a été un peu fait pendant une période à la TCC : qu’on ne prend pas en compte les émotions. 

C’est faux, et de plus en plus avec ce qu’on appelle la troisième vague, la thérapie d’acceptation, dans laquelle on s’est vraiment penchés sur les émotions, plus encore que ce qu’on faisait avant.

Je l’ai dit tout à l’heure : dans l’analyse fonctionnelle, on se penche sur la situation, donc les faits, mais aussi sur ce que la personne pense, ressent, aussi bien en sensations qu’en émotions, et sur ses comportements. On gère toute la chaîne.

Personnellement, j’ai été formée à la psychanalyse, comme la plupart des psychologues de mon âge. On n’avait pas le choix, c’étaient les formations qu’il y avait en France à l’université où les psychologues se forment.

La psychanalyse

J’étais à l’université de Toulouse, où on est lacanien de base, on n’a pas le choix, et j’ai exercé avec ça pendant un certain nombre d’années.

Je me suis tout de suite rendue compte que pour moi, ce n’était pas suffisant, ce n’était pas efficace.

 Cela soulageait les gens dans un premier temps, je dirais pour 30 ou 40 % de leurs difficultés, mais je n’arrivais pas, avec les outils et le savoir que j’avais, à parvenir vraiment à ce que les gens soient bien et que ce soit définitif ; et ce dans la plupart des choses que je traitais, que ce soit l’anxiété, la dépression, etc. 

C’est pour ça que j’ai choisi de me reformer entièrement et de faire trois ans de formation à la TCC, qui est une autre méthode. 

Depuis, je dirais que je suis une psychologue heureuse, parce mes patients vont bien. 

La plupart des patients font vraiment des progrès importants, de manière assez rapide pour la majorité d’entre eux. Après, il y a ceux qui poursuivent parce qu’ils veulent vraiment aller mieux, et il y en a d’autres qui s’arrêtent là, mais je n’ai jamais vu personne ne pas faire de progrès.

Emmanuel : Je trouve que ça dénote d’une faculté de se remettre en question, parce que tu avais déjà fait des études de psychologie qui prennent énormément de temps. Reprendre encore trois ans d’études pour faire quelque chose qui est un petit peu différent de ta pratique est une bonne remise en question.

Bravo ! Toutes les psychologues ne font pas ça, malheureusement.

Roxane : Je pense qu’il y a beaucoup de psychologues qui se forment après leurs cinq ans d’études. 

En réalité, quand on sort de l’université, on n’est pas encore formé à un type de thérapie particulier. 

Je pense que ces trois ans-là sont nécessaires pour tous les psychologues. Il y en a beaucoup qui le font ; moi, j’ai choisi la TCC, qui est reconnue scientifiquement, d’autres choisissent d’autres méthodes… 

Je crois que ce qui est important pour un patient qui chercherait un bon praticien, c’est de vérifier que son praticien a une formation de base (ça peut être psychologue, psychiatre, infirmier psychiatrique, etc..), mais qu’en plus, il s’est formé pendant les trois ans demandés à une forme de thérapie particulière.

Emmanuel : Revenons un peu sur le parcours d’un client pour arriver d’un point A (il ne peut pas conduire) à un point B (il peut reconduire et il est à peu près à l’aise), la personne va passer par des étapes plus ou moins dures, des hauts et des bas, et il va rencontrer sûrement une ou plusieurs difficultés majeures, qui vont peut-être le faire abandonner…

Roxane : Je dirais qu’avoir envie d’abandonner, dans une thérapie, c’est normal. Cela arrive à tout le monde.

 À un moment, on va se confronter à ses propres difficultés : parfois cela va très bien marcher, où on sera bien prêt et où on a choisi le bon niveau de difficulté. 

D’autres fois, on va se lancer dans une nouvelle expérience et avoir à nouveau une très forte crise d’angoisse, alors que ça faisait plusieurs expériences où l’angoisse était très peu présente et où on était très contents de soi. 

 Je dirais que c’est un grand classique, et que la rechute, c’est la règle. 

Cela va peut-être ‘arriver au cours d’une thérapie, et ce n’est peut-être pas là que je dois abandonner.

Ce n’est pas une preuve que ça ne marche pas, c’est une preuve que ça marche. 

Peut-être que si on a refait une crise d’angoisse, c’est parce que, justement, on a monté le cran sur quelque chose d’important et qu’on est vraiment en travail.

Il peut y avoir une autre raison à ces rechutes.

Par exemple, parmi les gens qui avaient des crises d’angoisse dans le métro, j’avais une jeune femme étudiante qui faisait de grands progrès. 

Elle pouvait rester de plus en plus longtemps dans le métro : on agrandissait progressivement le nombre de stations. 

Et, un jour, elle s’est exposée à un parcours avec un  nombre de stations qui lui convenait, mais pour aller à un entretien d’embauche. Elle a refait une crise d’angoisse.

 Elle est arrivée paniquée au cabinet en me disant : « Ça ne marche pas, j’ai encore fait une crise d’angoisse, tous mes progrès sont foutus, je repars de zéro… » Enfin, c’était la catastrophe. 

J’ai discuté avec elle, elle s’est calmée, et m’a dit : « Je faisais bien le parcours qui me faisait le moins peur, mais j’allais à un entretien d’embauche. » 

On en a conclu toutes les deux qu’en réalité, cela faisait un cumul de peurs trop importantes. La peur de prendre le métro, qu’elle était en train d’améliorer et de gérer, la peur d’aller à cet entretien d’embauche et de ne pas être prise, tout cela c’était de trop ! 

La personne n’est pas réellement dans la situation d’exposition qu’on lui avait demandée. 

À cause de l’aspect pratique, mais aussi certainement parce qu’elle se sentait mieux, elle s’est mis un challenge trop important par rapport à ce que je lui demandais. 

Prenons un autre exemple : une personne qui avait aussi fait son exposition au métro et qui est revenue en catastrophe en disant qu’elle avait refait une grosse crise d’angoisse. 

En débriefant la situation, on comprenait que ce n’était pas tant ce qu’elle avait à faire dans le métro qui lui posait problème, mais qu’elle avait croisé une personne qui était sous alcool et qui s’était montrée agressive avec elle. 

C’est pour cela qu’elle avait fait une crise d’angoisse !

C’est toujours pareil : je dirais que quand on refait une crise d’angoisse au cours de l’exposition, ce qui arrive fréquemment, cela peut être démobilisant, mais c’est en retournant voir son thérapeute et en discutant avec lui qu’on va comprendre, peut-être, pourquoi c’était arrivé, et se remobiliser. 

Il peut aussi n’y avoir aucune raison apparente, cela peut être la fatigue, ou un peu d’angoisse diffuse parce qu’on est dans une période difficile, et parfois on ne sait même pas pourquoi. 

Ce qui est intéressant, c’est de ne pas s’arrêter en cours de route et de réessayer, parce qu’il y a de très fortes chances que la progression se poursuive même s’il y avait eu une rechute.

Emmanuel : Que serait donc le maître-mot ?

Roxane : La persévérance.

Emmanuel : La persévérance, ne jamais abandonner : c’est ce que je répète souvent à mes patients.

Roxane : Je pense que, justement, abandonner n’est pas la solution, même quand on a été fortement secoué. 

C’est dur d’y retourner, la fois d’après, mais en général on a quand même appris beaucoup de ces expériences et on ne recommence pas de zéro.

 On recommence peut-être un petit peu en dessous de là où on était avant cet accident, parce qu’on a à nouveau la crainte de faire une crise d’angoisse. 

Mais comme on a compris que la crise d’angoisse ce n’était pas dangereux, qu’on ne pouvait pas en mourir, ni devenir fou, ni vomir, ni tomber dans les pommes, normalement, on peut accepter de faire des crises d’angoisse…

Emmanuel : Tu reçois donc des patients qui sont en grande détresse par rapport à leurs crises d’angoisse. Qu’est-ce qu’ils te racontent ensuite, quand ils vont mieux ? Comment est leur vie ?

Roxane : Transformée.

Emmanuel : C’est-à-dire, transformée ?

Roxane : Je l’ai un peu donné dans mon exemple personnel aussi : quelqu’un qui ne peut plus conduire, plus prendre le métro, plus prendre les transports en commun d’une manière générale, n’est plus mobile.

 Il est restreint dans ses activités et souvent menacé de dépression, parce que d’un côté il ne peut plus faire ce qu’il a envie de faire, et d’un autre côté, il voit très bien qu’il n’est pas normal, il se dit : « Les autres y arrivent et moi pas, qu’est-ce que j’ai en moins que les autres ? » 

Ça  fait très mal à l’estime de soi de commencer à se dire : « J’ai quelque chose en moins, j’ai quelque chose qui ne va pas. » 

Ainsi, au moment où l’on restaure cette capacité à faire les choses, non seulement on va pouvoir faire de nouvelles choses, qu’on voulait faire et dont on se privait de faire parce qu’on avait ce problème-là, mais en plus, on va aussi restaurer sa confiance en soi, et se dire : « Ça y est, je vis ma vie telle que j’ai envie de la vivre ».

 Cela épanouit énormément les gens.

Parfois, ‘il y a des petits problèmes qu’on peut garder. Par exemple, j’ai fini une thérapie avec une jeune femme qui a aussi peur dans les ascenseurs. 

Elle n’habite pas dans un endroit où il y a des ascenseurs, à Toulouse le monde n’est pas très haut, par conséquent on n’a pas travaillé l’ascenseur. 

Elle va rester avec cette peur, et ce n’est pas grave, on n’est pas obligé de tout transformer chez soi non plus. Mais en tout cas, elle pouvait de nouveau prendre la voiture, les transports en commun, elle n’avait plus de difficultés dans les réunions, etc. 

Donc oui, c’est vraiment toute la vie qui en est changée, et pas seulement ce qu’on peut faire, mais aussi comment on se perçoit soi-même.

Emmanuel : Je te remercie, c’est vraiment une très belle description du travail que tu fais. Je n’aurais pas trouvé de meilleurs mots.

Et j’ai envie de te demander : quels sont les trois livres qui t’ont inspirée dans la vie, ou qui t’ont marquée… ?

Roxane : Je suis une très grande lectrice, donc il y a énormément de livres que j’aime, je pourrais en citer plein… 

C’est un peu hasardeux, mais il y a « L’Alchimiste » de Paulo Coelho qui m’a beaucoup marquée, il y a aussi « 1984 » de George Orwell que j’ai adoré depuis l’enfance et que j’ai relu il y a peu. Et puis, en philosophie, il y a « L’Existentialisme est un humanisme » de  Sartre. Je pourrais en citer d’autres : j’adore aussi Camus : « L’Étranger« , « La Peste« …).

Emmanuel : Qu’est-ce qui t’a marquée dans le livre de Paulo Coelho, si tu t’en rappelles un petit peu ?

Roxane : C’est l’aspect positif. Je suis quelqu’un d’extrêmement positif, et il y a beaucoup de littérature dans laquelle on peut retrouver ces aspects positifs. Cela fait penser aussi au film La Vie est belle (de Roberto Benigni) : comment, dans les moments difficiles, on peut quand même trouver du beau, du bonheur… j’adore cet esprit-là.

Emmanuel : Et pour finir, une citation qui t’a marquée, que tu aimes particulièrement ?

Roxane : Il y en a plusieurs que j’utilise assez régulièrement parce qu’elles me plaisent, mais il y en a une en particulier, une citation de l’empereur Marc Aurèle, qui disait :

« Changer ce que je peux changer, accepter ce que je ne peux pas changer, et avoir la capacité de faire la différence entre les deux. »

Emmanuel : Qu’est-ce que cette citation t’évoque ?

Roxane : Elle a changé ma vie : je pense que je  voulais changer le monde… 

Il y a aussi un proverbe soufi qui est très sympathique, qui dit :

 À l’âge tendre, je voulais changer le monde ; à l’âge de la maturité, je voulais changer les autres ; et à l’aube de la sagesse, je me suis changé moi-même. Alors le monde a changé, et les autres ont changé.

Je pense que j’ai mis quarante-cinq ans à aller vers ça, c’est-à-dire à accepter que ce ne sont pas les autres qu’on doit changer, ni le monde. La seule chose qu’on peut changer, c’est soi.

Emmanuel : C’est vraiment une belle citation ! J’avais une dernière question, que j’ai oublié de te poser : tu sembles assez à l’aise avec le fait de parler avec tes patients de tes expériences personnelles, de tes peurs. Ce n’est pas l’image du psychologue classique qui met beaucoup de distance avec son patient.

 Je trouve que c’est bien… Pourquoi fais-tu ça, et pourquoi est-ce que tu n’es pas gênée ?

Roxane : C’est vrai que dans les études de psychologie, surtout d’obédience psychanalytique, on nous apprend la distance.

 On ne doit presque même pas être humain, je dirais.

Déjà, la TCC n’est pas du tout comme ça. Ce qu’on nous dit, c’est qu’on travaille ensemble sur un problème. 

On a aussi une partie qui s’appelle la « révélation de soi ». On n’est pas dans la même posture : on est deux êtres humains, il y en a un qui a un savoir général sur un certain nombre de troubles, et l’autre qui se connaît lui-même.Les deux sont aussi importants : c’est parce qu’on va partager ces savoirs qu’on va y arriver. 

L’idée de faire de la révélation sur soi, pour un psychologue, permet aussi de dire : « Je suis comme toi, moi aussi j’ai des problèmes, moi aussi j’ai des difficultés.

 Je ne suis pas meilleur que toi, je ne suis pas plus intelligent, j’ai juste fait des études différentes de celles que tu as faites, et je vais avoir des connaissances sur ton problème. 

Mais parfois, je vis des problèmes, qui peuvent même être similaires au tien !

Je trouve cela très intéressant, au contraire, qu’un psychologue ait pu faire une crise d’angoisse, ou ait pu avoir eu un peu d’anxiété sociale, ou encore faire une dépression.

Il y a une psychiatre très connue qui a avoué, une fois à la retraite, qu’elle aussi était bipolaire. 

Je trouve que ces témoignages sont extrêmement forts et importants. Cette psychiatre, par exemple, elle a travaillé toute sa vie et c’était une excellente psychiatre. 

Je trouve que ça donne un espoir formidable de se dire : « Il y en a d’autres qui ont les mêmes problèmes que moi, et ils ont su les gérer parce que, peut-être, ils ont un savoir qui me fait défaut, et ils ont une vie chouette, une vie agréable. »

Emmanuel : Est-ce que dans ta pratique, quand tu parles de tes problèmes, les patients sont choqués ? Ou au contraire, en quoi est-ce que ça améliore ta pratique ?

Roxane : Je pense que ça permet aux gens de se sentir plus à l’aise et de parler de leurs propres problèmes en se disant  : « Elle me comprend, elle ne me juge pas. » 

C’ ‘est assez intéressant et important  que le patient se dise : même le thérapeute a des faiblesses. 

La plupart des patients sont extrêmement sensibles à ça et trouvent ça très chouette, et ils le disent. 

De temps en temps, mais c’est rare, il y a des réactions un peu choquées, surtout chez ceux qui ont fait de la psychanalyse pendant longtemps. Ils trouvent ça très différent, mais c’est un ensemble qui est différent, pas seulement ça. 

En 2008, j’ai eu mon premier cabinet ; on est en 2020, donc cela fait douze ans, et je crois qu’une fois seulement on m’a dit : « Franchement, moi, que vous me parliez de vous, ça ne me va pas. » Une fois.

Emmanuel : Je pratique la même chose que toi et ça ne m’est encore jamais arrivé. Je trouve que les gens sont plus à l’aise, ils partagent d’autant mieux que nous, on parle de nos difficultés. Ils disent : « Ah ouais, vous aussi ! »

Roxane : Tout à fait ! Le psychologue est juste un être humain comme les autres, c’est ce qu’on essaie de dire,  

Emmanuel : On va rester sur cette belle citation : le psychologue est un être humain comme les autres. Je te remercie vraiment pour cette belle interview, qui va vraiment aider les gens qui liront cet article. 

Si vous avez aimé cet article, vous pouvez me dire ce que vous en pensez dans l’espace commentaire ci-dessous. 

Vous aimeriez vous libérer du stress et des angoisses ? 

1 Comment

  1. Caplet 16 mars 2020 at 16 h 51 min

    J’ai été prise brusquement d’une peur de conduire.
    Je ne pouvais le faire que sur des petits trajets que je connaissais bien.
    C’était très limitant.
    Grâce aux conseils d’Emmanuel, j’ai pu petit à petit emprunter des itinéraires inconnus et ce avec de plus en plus de sérénité.
    J’avais honte d’avouer ce problème et je trouvais toujours des stratégies pour ne pas l’avouer.
    Quel soulagement et en plus, je suis fière de moi à chaque fois que je réussis à maîtriser ma conduite.

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